STOUL : c’est l’anagramme de « lotus », fleur très prisée en Asie, où l’artiste puise son inspiration) a commencé dans le graffiti avant de développer des œuvres monumentales, géométriques et colorées.

SUR LES TRACES DE STOUL EN ÎLE-DE-FRANCE
• Oru Totem, 34 m de haut, Hôtel CISP Maurice Ravel, Paris 12
• Parking Les Dunes, Val de Fontenay
• Oru Nakama, Montrouge
• La Canopée, rooftop du Beffroi de Montrouge
• Fresque participative Daviel, Paris 13
• Hôtel Ibis Paris Montparnasse
• École Wurtz, Paris 13…
Pour découvrir les œuvres de Stoul : stoul.com
À quel âge votre désir d’être artiste vous est-il venu ?
Stoul : Toute petite, j’aimais peindre et bricoler. Ma mère m’encourageait en me disant que j’avais un don pour la couleur. J’ai grandi à Paris avec le street art, qui a pris son essor dans les années 1990 [Stoul est née en 1981, ndlr]. L’art urbain était très présent dans le 14e arrondissement où j’habitais. L’observation quotidienne des graffitis m’a donné envie d’en faire ; je suis passée à l’acte à 13 ans. J’ai tout de suite aimé cette liberté de l’art vandale et su que je voulais être peintre.
Et plus tard ?
Stoul : À la sortie de l’école Boulle, où je me suis formée à la création d’objets en métal, j’ai repris, à 20 ans, les bombes de peinture et couvert de graffitis les murs de terrains vagues, tout en peignant des tableaux dans mon atelier. Assez vite, une galerie m’a mise en relation avec des marques, avec lesquelles j’ai réalisé des projets comme la customisation de coques de téléphone, des dessins pour une marque de vêtements, des peintures en grand format sur le salon du jouet… Fresques, design, expositions se suivent. En 2014, j’ai réalisé trois performances dans le cadre de la foire Art Basel à Hong-kong.
À vos débuts, votre univers était figuratif. Qu’est-ce qui vous inspirait ?
Stoul : Je lisais beaucoup de mangas et j’étais passionnée par l’histoire du costume féminin, tout en suivant de près les tendances de la mode. Nourrie de ces images, j’ai créé mon propre personnage féminin avec ses parures, une femme-chat avec de longs cils. Un autoportrait de celle que j’aurais aimé être, qui sait ?
Quel a été le déclic de votre passage à l’abstraction ?
Stoul : En 2013, j’ai découvert des planches d’origami, avec des lignes de pliage, qui m’ont aussitôt rappelé le dessin technique industriel et ses lignes de noir, pratiqué à l’école Boulle. Ces structures modulaires m’ont inspirée et j’ai commencé à mixer le figuratif et l’abstrait, avec des lignes droites, un côté multicolore et des personnages géométrisés. Peu à peu, je suis passée à davantage de géométrie, inspirée par la ville et les lignes d’architecture des nouveaux paysages urbains que j’observe beaucoup avant de créer une oeuvre.
Quelles sont vos références dans l’art abstrait ?
Stoul : Je suis volontairement restée la plus ignorante possible, car je voulais créer mon propre langage. À mes débuts, nous étions nombreuses à dessiner des personnages féminins et l’on nous confondait les unes avec les autres. J’ai voulu sortir de l’étiquette de l’art féminin et, aujourd’hui, beaucoup de personnes pensent que je suis un homme !
Que signifie “Oru” que l’on retrouve dans le titre de toutes vos oeuvres ?
Stoul : C’est le nom de toute ma série géométrique, qui n’est autre que la racine, en japonais, de l’origami (orugami en langue nippone), qui signifie “plier”. C’est aussi l’acronyme de l’Opération de renouvellement urbain (ORU), un outil de politique de la ville en France, qui entre en résonance avec ma démarche artistique au coeur de l’espace urbain.
L’usage de couleurs vives caractérise votre travail. Pourquoi ce choix ?
Stoul : La couleur manque cruellement dans la rue. J’ai envie de transmettre de la joie et des émotions positives aux personnes qui vivent avec mes oeuvres au quotidien, aux passants qui les croisent. J’utilise toujours le même nuancier de 14 couleurs acryliques qui ont une très forte résistance aux UV. Je les pose pures les unes à côté des autres dans le sens du cercle chromatique. Cette harmonie donne cet effet joyeux, comme les couleurs de l’arc-en-ciel.
Quelles sont les étapes de votre travail dans la ville ?
Stoul : Je mène des recherches historiques, contextuelles et iconographiques sur le lieu, je dessine des croquis dans mon carnet, puis je projette les dessins grandeur nature avec des logiciels. Selon les projets, les moyens et les délais, je travaille avec des assistants. J’ai passé le CACES pour conduire et manipuler une nacelle, ce qui me permet de travailler sur de très grandes hauteurs. J’aime piloter cette machine et être haut dans le ciel.
Qu’est-ce qui donne du sens à votre travail ?
Stoul : Je me sens utile, car l’art dans la rue s’offre à la vue de tous, notamment à ceux qui n’ont pas la possibilité de s’ouvrir à la culture. Chaque projet suscite beaucoup de rencontres et d’échanges. J’aime aussi travailler sur des projets participatifs, avec des associations et dans les écoles. À travers mon art, j’essaie de contribuer à l’évolution des mentalités. Je suis aussi une artiste engagée.
Sur quels sujets ?
Stoul : Dans la décarbonation et la cause féminine. Je récupère des chutes de bois que je découpe et assemble pour mes tableaux. J’utilise aussi les chutes de pochoirs et une peinture en bombe à l’eau avec peu de solvants. Pour limiter l’usage de scotch de masquage, j’ai créé mes propres outils en bois. La condition des femmes artistes est une cause que je défends dès que j’en ai l’occasion. Trop de disparités subsistent dans les moyens alloués, le prix des œuvres ou la représentation dans les galeries.
Quels sont vos prochains projets ?
Stoul : En 2021, je suis retournée à mes premières amours en créant des sculptures en métal, ce qui m’a donné envie de réaliser plus de sculpture d’objets dans la ville. J’aimerais beaucoup créer du mobilier urbain…
BIO EXPRESS :
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- 1981 Naissance à Bordeaux, enfance à Paris.
- 16-20 ans École Boulle.
- 20-24 ans Peinture vandale et en atelier, premières commandes.
- 2013 Lancement de la série géométrique Oru. Depuis, Stoul crée, sur commande publique ou privée, des fresques murales monumentales, des objets, du design, ainsi que des créations personnelles exposées dans des galeries en France et à l’étranger.
Propos recueillis par Marie-Laure WALLON