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Anne Roumanoff

Avec ses 38 ans de carrière, l’humoriste fait preuve d’une longévité exceptionnelle.

Le secret ?

Une détermination à toute épreuve, une curiosité intarissable pour la nature humaine et une écriture affûtée. Son observation de la société et de nos comportements inspire son 14e spectacle, L’Expérience de la vie, qui poursuit sa tournée en 2026. Elle revient pour nous sur son enfance, ses débuts, son amour de la scène et la création de l’association Solidarité avec les soignants, soutenue par la CEIDF.

L’Expérience de la vie continue sa tournée en 2026.

Dans son dernier spectacle, Anne Roumanoff incarne une galerie de personnages et de situations illustrant les transformations de l’époque : les caisses automatiques des supermarchés, le développement personnel, une coach en vibration de couple, une bouchère dont la fille est « woke » et le mari « pas déconstruit », une version revisitée d’un conte de fées… Sans oublier son célèbre Radio Bistro, toujours aussi savoureux. Percutant, incisif, juste et toujours bienveillant, avec une écriture au cordeau. Un conseil : prenez vite vos places ! www.anneroumanoff.com

À quel âge avez-vous ressenti le désir de faire de la scène ?

 

Anne Roumanoff : À 12 ans, j’ai entendu Sylvie Joly à la radio. J’ai été fascinée par la façon dont elle passait d’une classe sociale à l’autre. Le soir, j’ai rejoué son sketch devant la famille et des amis. Tout le monde a ri. On m’a encouragée à suivre des cours de théâtre. À la rentrée, je me suis inscrite, sans l’aide de mes parents, au Cours Simon, où j’ai suivi les sessions pour enfants, puis pour adolescents. Ensuite, j’ai intégré le Cours Florent, où j’ai suivi les cours pour adolescents, puis les cours pour adultes trois fois par semaine l’année de mon baccalauréat. En 1985, j’ai pu créer mes premiers sketchs au Club Med, ce qui m’a donné un peu confiance en moi et a conforté mon désir de faire de la scène.

Avez-vous grandi dans un milieu artistique ?

 

A. R. : J’ai vécu dans une famille atypique. Mon père, chef d’entreprise, importait des vêtements d’Inde et s’intéressait beaucoup à la spiritualité indienne, ce qui n’était pas à la mode à l’époque. Mes origines sont mélangées : j’ai deux grands- parents russes et une grand-mère juive marocaine, mariée à un Bordelais catholique. Je me suis toujours sentie un peu à part durant mon enfance et mon adolescence. Je n’aspirais qu’à ressembler à tout le monde et rentrer dans le moule.

Est-ce pour cette raison que vous avez fait Sciences Po ?

 

A. R. : Non, je suis entrée à Sciences Po Paris, comme ma mère, à 17 ans, car il n’y avait pas de maths et il y avait des garçons. C’était une vraie motivation, car il y avait beaucoup filles dans ma classe littéraire et dans mes cours de théâtre ! J’avais aussi besoin d’être rassurée, car j’avais très peur de mon avenir et de la précarité que je percevais chez les comédiens. J’ai toujours eu peur de manquer et éprouvé un sentiment d’insécurité. Cela vient sans doute de mes grands-parents, qui ont dû changer de pays. J’ai fait Sciences Po, mais j’étais déterminée à devenir actrice, j’ai continué à suivre des cours de théâtre pendant mes études.

Vous avez essuyé des refus à vos débuts. Comment les avez-vous vécus et surmontés ?

 

A. R. : Entre 12 et 22 ans, j’ai passé beaucoup de castings, d’auditions et de concours d’entrée à de grandes écoles de théâtre, sans succès. Je n’ai pas été prise dans la classe libre du Cours Florent, j’ai raté trois fois le concours de la Rue Blanche (l’École nationale supérieure des Arts et Techniques du théâtre) et une fois le Conservatoire. Chaque fois, j’ai vécu ces échecs comme des drames. Je restais couchée des jours à pleurer. À cette époque, je voulais vraiment devenir une actrice « traditionnelle ».

Vous avez rebondi en vous lançant dans des seule-en-scène. Comment l’expliquez-vous ?

 

A. R. : Les choses ont marché pour moi quand j’ai accepté de ne pas rentrer dans le moule, quand j’ai compris que les sketchs étaient ma voie et que j’ai commencé à en faire, à une époque où cela n’était pas à la mode, surtout pour une femme. J’avais beaucoup de détermination, de force et de ténacité. Je n’ai jamais rien lâché. Jusqu’au jour où j’ai été prise, à 21 ans, en 1987, pour participer à La Classe [une émission de télévision humoristique, ndlr]. Dans la foulée, j’ai fait mon premier spectacle au Théâtre des Blancs-Manteaux à Paris, Bernadette, calme-toi !.

En 38 ans, vous avez animé des émissions de radio et de télévision, tenu des chroniques, écrit des livres, produit 14 spectacles… Quel est le secret de votre longévité ?

 

A. R. : C’est un peu un mystère pour moi. Je me dis parfois que mes grands-mères ont beaucoup souffert, qu’elles n’ont pas pu s’exprimer comme elles le voulaient. J’ai beaucoup aimé faire de la radio. Mais j’aime avant tout la scène, aujourd’hui le seul espace de liberté. C’est magique d’écrire ce que je veux. J’aime la réactivité du public. Même si mes sketchs sont très écrits, je les adapte en permanence en fonction de l’accueil du public et de l’évolution de l’actualité. Dans ce cas, c’est une improvisation totale que j’enregistre et que je retravaille. Le spectacle se transforme au fil de la tournée. Le doute, qui me traverse toujours, et la peur que tout s’arrête me font avancer. Ce métier est un métier de pouvoir qui correspond bien à mon tempérament indépendant.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

 

A. R. : Je m’imprègne de tout ce que je peux observer, je suis très empathique et très curieuse. Les gens me racontent beaucoup leur vie. J’ai toujours l’esprit en éveil, j’écoute les conversations à la table d’à côté, je capte l’air du temps. Tout ce qui concerne la nature humaine et les mutations de notre société me passionne : les codes sociaux, le langage, les réseaux sociaux, le développement personnel, l’instabilité des relations amoureuses, l’évolution du travail. Je m’inspire aussi de ma propre vie. Souvent, je fais rire avec ce qui m’énerve. Au début de la crise du Covid-19, vous avez créé l’association Solidarité avec les soignants.

Au début de la crise du Covid-19, vous avez créé l’association Solidarité avec les soignants. Pourquoi et comment ?

 

A. R. : J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour l’altruisme des infirmières et des aidessoignantes. Leur générosité et le fait qu’elles soient si mal payées me touchent beaucoup. Dès le début du Covid, je me suis demandé ce que je pouvais faire. J’ai passé des messages aux soignants sur les réseaux sociaux pour savoir ce dont ils avaient besoin. Aussitôt, j’ai été submergée de demandes de gants et de masques. J’ai mis des personnes en relation, par exemple avec des esthéticiennes qui avaient des gants, et j’ai mobilisé mon groupe WhatsApp de copines. Nous avons commencé par acheter des produits sur Internet avec nos propres cartes bancaires et à les faire expédier dans les hôpitaux. Puis, nous avons créé une cagnotte pour récolter des dons. Jean-Pierre Bansard, sénateur représentant les Français établis hors de France, m’a ouvert son carnet d’adresses, et j’ai eu ensuite l’occasion de faire une première vente aux enchères sur Drouot Digital. Par les réseaux sociaux, j’ai rencontré Cédric Monnet, avec qui nous avons créé l’association, qui à ce jour a amélioré les équipements de 3 500 salles de repos de soignants dans toute la France.

Quels sont vos projets maintenant ?

 

A. R. : J’ai envie de m’exprimer de manière différente, de réaliser un film, de diriger des acteurs. J’ai aussi envie d’écrire sur mes grands-mères.

BIO EXPRESS :

 

    • 1965 Naissance à Paris.
    • 1986 Diplômée de Sciences Po Paris.
    • 1987 Premiers pas dans La Classe sur France 3.
    • 2017 Fête ses 30 ans de scène à l’Olympia.
    • 1991-1996 Rien à cirer avec Laurent Ruquier sur France Inter.
    • 2009-2021 Émissions hebdomadaires puis quotidiennes sur Europe 1.
    • 2008-2022 Chronique hebdomadaire dans le Journal du dimanche.
    • 2020 Création de l’association Solidarité avec les soignants.

Propos recueillis par Marie-Laure WALLON

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