Interview
Jérôme Bonaldi,

Jérôme Bonaldi, "l'homme-objet"

Jérôme Bonaldi est comme un bon cuir qui au fil du temps se patine en beauté : il rayonne de toute la maturité d'une vie riche et cohérente.

Parlez-nous de votre parcours médiatique

Enfant, comme tout le monde, je voulais être cosmonaute, Président de la République ou capitaine des pompiers, puis, plus tard, capitaine au long cours : "Capitaine de première classe". J’ai finalement
fait une école de journalisme où je suis tombé amoureux du journalisme et de la radio en particulier.
J’ai donc travaillé pendant neuf ans à France Inter en faisant un peu tout : le desk, le reportage, le grand reportage… ensuite j’ai eu la chance de participer au démarrage de l’aventure de Canal +. Le 4 novembre
1984 j’étais à l’antenne, sur une télé expérimentale dont tout le monde prédisait la mort prochaine et certaine et qui s’est finalement révélée le grand succès que tout le monde connaît. Une formidable aventure à laquelle je suis très content d’avoir participé, c’était des grands moments de télévision… J’ai quitté Canal + en 2000 et depuis ce temps-là je suis une sorte de "pigiste volant", je passe d’une chaîne à l’autre, d’une radio à l’autre, en m’intéressant toujours plus à tout ce qui est novateur. J’ai laissé tomber la pub pour m’intéresser aux objets, parce que les objets nous parlent de nous, un objet peut raconter de grandes choses. Chaque époque rêve de la suivante et chaque rêve est caractéristique de l’actuelle. Les objets permettent de raconter le marketing, la sociologie, le design, la technologie, le marché, l’économie : je trouve ça passionnant qu’à partir d’un substrat pour gazon, d’une lunette électro chrome ou d’une machine à fabriquer des cosmétiques,
ce soit une société qui parle de sa population. Et moi, en parlant des objets je parle aux gens d’eux-mêmes. J’aime les objets, j’aime les gens qui les fabriquent, qui les inventent, qui les rêvent, j’aime les gens qui les distribuent ceux qui les achètent. J’ai un profond respect pour les personnes qui se trouvent derrière les objets, voilà pourquoi je ne dis jamais de mal des objets ; du moins, je ne présente que ceux qui sont nouveaux, instructifs, révélateurs, passionnants ou caractéristiques. Voilà mon boulot et c’est fascinant, parce qu’il y
a des choses nouvelles et intéressantes qui sortent sans arrêt !

Quels sont vos grands coups de coeur ?

Je me passionne pour le développement durable, c’est-à-dire pour le développement de biens qui durent … J’aime les objets qui sont solides, simples, intuitifs, rustiques. J’aime autant les pelles bêches que les brouettes, on peut encore inventer des choses nouvelles dans les grands classiques : le manche en plastique, bi-composant, c’est vachement bien ! Du coup je m’intéresse aussi au plastique, au pétrole, à l’économie d’énergie. Le développement durable a trois pieds : un côté environnemental, toujours intéressant, un côté
social et humain, et un côté économique.