Interview
Gilles Vanderpooten, un homme engagé et enthousiaste

Gilles Vanderpooten, un homme engagé et enthousiaste

A l’occasion de la seconde édition de La France des solutions, nous avons rencontré, Gilles Vanderpooten, 29 ans, directeur depuis 2013 de l’association « Reporters d’Espoirs », initiateur de cet événement.


Ce jeune homme dynamique, dont l’optimisme inébranlable s’inspire de celui de Stéphane Hessel avec lequel il a écrit « Engagez-vous ! », se bat au quotidien « pour une info qui donne envie d’agir ».
 

Parlez-nous de « Reporters d’Espoirs » et de ses actions…
 
L’association « Reporteurs d’Espoirs », fondée par Laurent de Chérisey en 2004, agit avec les médias et auprès du grand public pour promouvoir des initiatives porteuses de solutions. Nous décernons les prix Reporters d’Espoirs tous les deux ans et avons lancé en 2013 la première édition de La France des solutions, qui crée de la visibilité et attire de grands médias comme TF1, France info, France Télévision…pour porter nos idéaux.
 
Notre équipe (composée de 8 salariés et de 30 bénévoles) fait essentiellement un travail de veille et déniche les initiatives pour alimenter les médias. Nous avons aussi des relais au Royaume-Uni, au Danemark et au Brésil. A ce jour, nous avons répertorié 5000 initiatives sur des fiches que nous transmettons aux médias. Notre objectif est de mettre en lumière ces initiatives productives, et d’y apporter des réponses.
 
Nous avons d’ailleurs développé des partenariats avec les médias qui font part de ce travail tels que « Libération des solutions » L’Express ou encore le  journal de 13h de Jean-Pierre Pernot sur TF1. 
 
D’où vient votre engagement pour l’environnement?
 
Cette passion pour le développement durable Gilles Vanderpooten la tient de son enfance : « Mon tropisme d’environnement vient de mon éducation, j’ai grandi avec des parents agriculteurs dans la région de Toulouse… Vivre dans ce cadre m’a sensibilisé très jeune aux problématiques d’environnement et de développement durable. Mais, c’est à Bruxelles, en travaillant pour une banque que Gilles fait ses armes en faisant du lobbying pour les coopératives et du conseil pour le développement durable.  
 
Qu’avez-vous fait avant de devenir le directeur de Reporters d’Espoirs ?
 
Le premier contact avec Reporters d’Espoirs s’est fait grâce à un partenariat pour le Festival du Film d'Environnement et de développement durable , que j’ai créé à Nantes en 2006 alors que j’étais encore étudiant en école de Commerce. Cette expérience m’a permise d’être au contact d’explorateurs et de scientifiques qui étaient concernés par les mêmes sujets que moi. Notre petit événement étudiant est devenu un événement d’envergure nationale, qui nous a conduit au Palais des Congrès de la ville avec 1600 personnes. De son côté Nicolas Hulot préparait au même moment le projet de Grenelle, il y avait une vraie dynamique porteuse. Je suis donc devenu bénévole et contributeur à « Reporters d’Espoirs » à partir de 2006. 
 
Puis je voulais faire émerger un mouvement étudiant pour le développement durable, j’ai créé le  Réseau Français des Etudiants pour le Développement Durable (REFEDD)qui compte aujourd’hui 150 associations. J’ai également organisé un trophée pour le développement durable à destination des étudiants, je voulais créer de l’émulation et faire avancer des projets dans le cadre de la vie étudiante. C’est là que j’ai approché le lobbying en démarchant des grandes entreprises comme Saint-Gobain qui a doté des prix.
 
J’étais animé par la conviction et l’envie de m’investir pour l’environnement et une économie plus humaine. J’ai eu besoin d’aller voir sur le terrain. On connaissait les utopistes d’hier, mais qui sont les pragmatiques d’aujourd’hui ? En quelques mois j’ai monté un Tour de France avec deux amis pour aller à la rencontre des initiatives sur le terrain. Il nous a fallu 4 mois de préparation et 2 mois sur le terrain pour recenser 30 initiatives dans toutes les régions, grâce au soutien d’un dirigeant du groupe Accor.
 
C’était idéal de faire converger mon approche journalistique de l’engagement et d’œuvrer sur le terrain. C’était une évidence de quitter la banque pour Reporters d’Espoirs, c’était plus concret. On entendait « la jeunesse n’a pas d’avenir sauf le chômage, ou avec la crise climatique le futur est noir », c’est extrêmement anxiogène…Il fallait agir.
 
Comment devenez-vous écrivain-journaliste ?
 
La publication du livre Le Tour de France du développement durable suite à ce Tour de France fut ma première approche du reportage et du journalisme. Il fallait une signature. J’ai contacté le philosophe Edgar Morin pour préfacer le livre,. Notre projet l’a intéressé et il a accepté.
 
De là est née mon idée d’entretiens des « sages ». Alors que j’assistais à un colloque sur l’Europe, un vieux Monsieur a récité un poème en allemand, ce même Monsieur est intervenu à la télévision au moment des scandales des enfants sans papiers dans les écoles. Ce vieux Monsieur, si enthousiaste, c’était Stéphane Hessel. Je l’ai contacté en septembre 2009, Dès le premier rendez-vous, nous avons commencé l’entretien…J’ai proposé le livre à 40 éditeurs, 40 refus ! Après un an d’attente, le 41ème a dit oui en 24h. C’était en octobre 2010, le sociologue et éditeur aux Editions de l’Aube, Jean Viard me dit « C’est génial, on publie, mais on fera 10 livres d’entretiens avec différentes personnalités ».
 
Parlez-nous de vos livres et notamment de vos rencontres avec Stéphane Hessel et Danielle Mitterrand ?
 
Stéphane Hessel a incité la jeunesse à s’engager, nous avons changé le titre de notre livre pour « Engagez-vous ! ». Nous avions écrit sans le savoir la suite d’ « Indignez-vous !», écrit après notre entretien mais publié avant…Nous avons vendu 200 000 exemplaires dans le monde, dont 160 000 en France.. Stéphane Hessel est devenu le symbole de la jeunesse. Etre aux côtés de Stéphane Hessel de mars à septembre 2011 fut une expérience inimaginable…je me souviens de la Puerta del Sol, j’ai été embarqué dans son sillon !
 
Pour le second livre d’entretiens, j’ai pensé que Danielle Mitterrand serait son alter ego féminin. Je l’ai contactée, nous avons échangé par mail, puis elle est décédée en novembre. » C’est sa fondation, la Fondation Danielle Mitterrand - France Libertés, qui m’a rappelé pour publier l’ouvrage, on m’informa qu'elle voulait laisser un dernier témoignage. Je l’ai su après. Nous avions écrit « Ce que je n’accepte pas ».
 
Aujourd’hui, il y a une collection de 8 livres , j’ai voulu une collection éclectique, je voulais aussi des artistes qui avaient des choses à dire, comme Philippe Starck. En visionnant sa conférence TED, j’ai découvert qu’au-delà de son œuvre matérielle, de la brosse à dents à quelques euros au yacht de Steve Jobbs, il avait des choses à dire. Nous avons écrit « Impression d’ailleurs ». Il n’a pas voulu être formaté, ni orienté, nous sommes partis d’une liste de mots : de « écologie » à « démocratie » en passant par « science-fiction » et « Danielle Mitterrand ». 
 
Vous êtes aussi optimiste que Stéphane Hessel, qu’est-ce qui vous a marqué chez cet homme ?
 
Son enthousiasme, son optimisme. Rescapé des camps, il a échappé plusieurs fois à la mort. Selon Edgar Morin, il est doté d’un enthousiasme indéfectible, il se dit toujours « on peut y arriver ». J’ai été marqué par sa bienveillance, la cohérence entre le personnage et son discours, son parcours exemplaire aux Nations Unies ou comme Ambassadeur de France, mais il reste d’une grande modestie. Sa vie, sa ligne d’engagement pour les droits de l’homme, l’écologie…est d’une cohérence absolue. C’est un grand-père qui se soucie de l’avenir et des jeunes générations. Si je dois retenir un seul mot c’est la « bienveillance ». 
 
Quels sont vos objectifs avec Reporters d’Espoirs ?
 
Faire bouger les lignes pour plus d’optimisme…Notre démarche est de recueillir des messages pour les transmettre. A ce titre nous essayons de mobiliser le maximum de médias, dont la puissance peut être mise au service d’initiatives porteuses. C’est une passerelle entre le terrain et les réponses positives et constructives que nous souhaitons véhiculer, car nous avons une vision biaisée de la réalité qui nous conduit à l’impuissance et à l’immobilisme. Mon objectif est de faire grandir la « France des solutions » au niveau national mais aussi local. La première déclinaison régionale a eu lieu à Marseille les 19 et 20 novembre 2014. J’encourage les entrepreneurs à nous rejoindre pour les prochaines éditions, nous apporter leur soutien et à nous livrer leurs initiatives. Et vive l’avenir !
 
INFO PRATIQUES
Reporters d’Espoirs, C/o Conseil économique, social et environnemental
9, place d’Iéna 75016 Paris
Pour les livres d’entretiens
Les éditions de l’Aube