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La Comédie-Française au théâtre Antoine

La Comédie-Française au théâtre Antoine

La Comédie-Française avec la pièce Les Enfants du silence de Mark Medoff  est en représentation au théâtre Antoine pour 37 dates exceptionnelles !

Avec la pièce Les Enfants du silence de Mark Medoff dans une mise en scène d’Anne-Marie Etienne, le théâtre Antoine accueille la Comédie-Française, soutenue par la Caisse d’Epargne Ile-de-France depuis de nombreuses années, pour 37 représentations exceptionnelles. Rencontre avec Jean-Marc Dumontet, producteur de spectacles et codirecteur du théâtre Antoine.

Quelle est la genèse de ce projet ?

J’ai vu au Vieux-Colombier Les Enfants du silence en 2015, joué par la Comédie-Française, et j’ai beaucoup aimé ce spectacle. J’ai eu un coup de coeur artistique. Je suis allé voir Eric Ruf, directeur de la Comédie- Française, car je savais que les comédiens étaient tristes d’abandonner cette pièce et ce savoir accumulé de l’apprentissage de la langue des signes. Je lui ai donc proposé de donner une nouvelle vie à ce spectacle.

Que représente pour vous, théâtre privé, le fait d’accueillir la prestigieuse Comédie-Française ?

La césure théâtre public-théâtre privé ne veut pas dire grandchose. La reprise des Molières1, en 2014, qui m’a amené à fréquenter beaucoup de théâtres,
m’en a convaincu. Ce sont, certes, deux univers qui ont chacun leur propre vie, mais qui ne sont pas en conflit. Le public, quand le rideau se lève, ne se pose pas la question du statut du théâtre. Il s’attend à passer un bon, un grand moment, à vivre des émotions, à s’interroger... Cette expérience des Molières m’a donné l’envie de créer des passerelles entre le public et le privé. Je suis extrêmement fier, heureux et impressionné de recevoir la Comédie-Française, une merveilleuse institution qui sait revisiter les grands classiques, être audacieuse et qui est toujours mue par l’excellence. Et qui fait partie de notre patrimoine.

Rendue célèbre par son adaptation au cinéma en 19862, au théâtre par le jeu d’Emmanuelle Laborit en 19933, la pièce a toujours connu un énorme succès.
Pourquoi ?

Au-delà de l’histoire [dans une institution pour sourds et malentendants, un orthophoniste oeuvre à l’apprentissage de la langue parlée et se heurte avec une ancienne élève devenue femme de ménage, qui refuse le principe d’une langue normative à laquelle les sourds devraient se soumettre, ndlr], la pièce illustre la difficulté que nous avons à nous parler, à nous comprendre. Ce thème parle à tout le monde. Quant au handicap, c’est rare qu’il soit développé sur scène avec autant de violence et de délicatesse. Enfin, l’interprétation des comédiens est d’une prouesse absolue.

Traditionnellement interprétée par des malentendants, cette pièce bilingue (langue parlée et langue des signes) est ici interprétée par des entendants. Un défi pour les comédiens ?

Le principe, à la Comédie-Française, est de faire jouer ses sociétaires. L’enjeu était que les comédiens investissent véritablement cette appréhension forte d’apprendre le langage des signes et qu’ils défendent cette pièce dans ce langage. C’est un défi immense d’intégrer et de parler cette langue aussi riche et complexe qu’une langue étrangère. Il leur a fallu un sérieux apprentissage [qui a duré un an, ndlr] pour y parvenir.

En quoi cette pièce est-elle un plaidoyer à la différence ?

Cette pièce délivre que c’est difficile de se comprendre. On doit tous faire des efforts. Soit l’on considère que l’autre est un étranger et l’on n’arrive pas à se comprendre, soit on le considère comme un être humain. L’accueil des migrants, qui sont des hommes, des femmes et des enfants fuyant leur pays pour échapper au désespoir et à la mort, suscite des leviers de bouclier car on les présente comme des étrangers et non comme des frères humains. Appréhender la différence demande de dépasser ses inquiétudes et ses peurs. Un mur, ça se détruit, un pont cela relie. Ceux qui font des ponts permettent d’avancer. Cette pièce invite à regarder l’autre différemment, à le trouver normal malgré son handicap.

Infos pratiques

Du 17 janvier au 26 février 2017
Théâtre Antoine
14, bd de Strasbourg, 75010 Paris
01 42 08 77 71

Réservations : www.theatre-antoine.com

Photos:

Les comédiens sociétaires de la Comédie-Française ont appris le langage des signes pour jouer cette pièce. Laurent Natrella (l’orthophoniste, Jaques Leeds) est entouré à sa droite par Françoise Gillard (la jeune femme de ménage, Sarah Norman) et à sa gauche par Anna Cervinka (une élève, Lydia).
© Cosimo Mirco Magliocca, coll. Comédie-Française

Jean-Marc Dumontet est à la fois producteur d’humoristes, de pièces de théâtre, et propriétaire de cinq salles de spectacles à Paris (Le Point Virgule, Le Grand Point Virgule, Bobino, Les Folies Bergères, et en association avec Laurent Ruquier, le théâtre Antoine).
© Katie Fechtmann